Dix mille lieux sous l'humidité

Il y a quelques secondes…

A l’intérieur d’une coupe de bière, ma lèvre supérieure s’amusait avec les bulles. Un léger chatouillement me procurait ce petit plaisir. Lequel ne se limitait pas uniquement à ma bouche, il voyageait à travers ma gorge, jusqu’arriver à mon estomac, où un joyeux cyclone malaxait mes tripes. Un peu plus bas, dans la géographie de mon corps, il ne se passait rien. Mais les envies d’humidités embuaient tout mon appartement. Je ne voyais plus rien. Je devais maintenir le verre dans ma main parce que sinon je le perdais.

Pourquoi tellement de discordance entre une idée et un morceau de viande mou. Attention ! Je ne mets pas en doute la virilité de mon membre masculin. Je parle de quelque chose qui reste mystérieux pour moi. Mon pénis latino-américain, toujours près pour la bataille ne me préoccupe pas. Mais pourquoi le déranger continuellement avec des idées troubles, ou des buées gluantes. C’est sûrement du à la folie d’une partie de mon cerveau en forme de bite.

Le mystère et le doute sont ainsi présentés. Et maintenant quoi ? Que faire pour mieux comprendre ce dilemme?

Plonger dans l’idée tout entière, et lui torde le cou ? Ou simplement arrêter de faire chier avec tout ce drame inutile ?

Que faire ?

Bon, allons-y ! On verra bien. Un peu plus de bulles, pour me donner du courage, et entrer de plein fouet dans le coté obscure de mon désir. Et c’est pari !

 

Le lendemain matin

Mon estomac est un champ de bataille, après le retrait des armées. Il ne reste que les résidus de la fougue guerrière. La plupart des soldats qui ont survécus se sont transformés en gaz putréfiés. C’est désolant de m’imaginer mon estomac. Ce n’est plus mon sexe qui ne comprend plus mon cerveau, mais mon corps tout entier. Il y a désaccord. Pourquoi sortir la nuit, à des températures en dessous de zéro. Pourquoi engloutir des litres d’alcool pour après me trémousser comme un animal, et transformer mon estomac en un énorme mixeur d’illusions. Et moi aussi, je suis en désaccord avec mon cerveau. Pourquoi gaspiller tout l’argent, au début du mois.

Je pourrais vous raconter ce qui s’est passé hier soir, mais je suis fatigué d’écrire des histoires pathétiques. De toujours frapper à la porte de mes fantaisies sexuelles, sans pouvoir entrer, et finir à poil.

 

Le lendemain en fin de journée

Après de m’être apitoyé sur mon sort, d’essayer d’extraire tout le jus de ma libido, et de disséquer mon cerveau, je me suis habillé et je suis sortie dehors.

Les personnes que je croisais, semblaient ne pas me voir. C’était étrange, parce que ce jour là, il y avait beaucoup de monde dans les rues. Dans un même carrefour, j’ai croisé des passants qui marchaient seuls ; accompagnés ; quelques uns en vélo ; et même un jeune qui tournoyait en ouvrant grand les bras. Il avait un casque pour écouter de la musique. Il devait être heureux, ou en train de lutter contre la mélancolie.

Je me suis dit qu’ils devaient être en train de filmer un long-métrage et que Dieu était le réalisateur. Je me suis imaginé qu’il tournait une caméra cachée, et qu’il s’amusait à me voir courir de mini-jupe en mini-jupe. Mais ce jour là il n’y avait presque pas de jeunes femmes. Les figurants étaient presque tous des hommes, il y avait quelques mamans avec leurs enfants et des petites vielles. Je ressentais une certaine tendresse, j’étais tranquille. Même si je ne savais pas qui était le réalisateur du film, je sentais que je formais parti de quelque chose. Même si les autres semblaient ne pas m’apercevoir (sûrement du à leur professionnalisme en tant que figurant), je ne me sentais pas seul. Je me suis dit que je me laisserais porter par mes pas. De toute façon, si je me trompais de chemin, il y aurait quelqu’un pour crier : « Coupez ! ».

Le soleil réchauffait mon visage, mon estomac, et même mes souvenirs. La chaleur maintenait l’alcool qui restait dans mon corps, en fermentation. Je ne marchais pas, je flottais. J’ai même oublié que je jouais dans un film. Mon interprétation est devenue de plus en plus naturel.

Le soleil en plein hiver, c’est comme sentir, dans la plaine de la perdition, une caresse oublié. Et ainsi, flottant au raz du sol, je me suis laissé aller vers la pente. Je suis monté dans un bus, sans regarder la destination. Les maisons, les arbres, les passants, les chiens, leurs merdes, les voitures, et les amoureux glissaient sur la rétine de mes yeux. Je me suis endormie. Mais le sommeil ne fut pas paisible. Au contraire, l’humidité, les plies de la chaire, et la salive m’asphyxiaient. Je me noyais dans mon propre sperme.

«-Excusez-moi, c’est libre? » Une jeune femme s’assit près de moi, en m’arrachant de mon cauchemar. Je n’arrivais pas à voir son visage, je n’osais pas tourner mon regard vers elle. Je ne voyais que la forme de ses cuisses, moulées par sa jupe. Mais je sentais sa chaleur. Je sentais ses jambes contre les miennes. Sa respiration faisait trembler mon petit corps. A chaque inspiration de ma voisine, j’imaginais ses seins faire pression contre son soutien gorge. De mon côté je sentais aussi une pression contre mon pantalon, qui commença à devenir douloureuse.

Il faut dire que Dieu est un coquin, écrire un scénario pareil ! Même si je ne connaissais pas les scènes que je devais jouer, je n’avais aucun problème à m’imaginer de possibles déroulements. Pendant que je rabaissais la grande création de Dieu, au pire du X, la jeune fille s’est levée et elle descendit du bus. En la voyant s’éloigner, j’ai pu admirer l’arrogance de ses fesses, ce qui augmenta la pression contre mon pantalon. Je voulais descendre, mais mon sexe s’insinuait scandaleusement, et je n’avais rien pour cacher ma protubérance. J’avais chaud, j’imagine que mon visage devait être tout rouge, c’est pour ça que tout le monde me regardait. J’ai préféré laisser passer quelques arrêts de bus, le temps de calmer la lave qui coulait en moi. J’avais vu que la fille se dirigeais vers un bar, je me suis dit que je pourrais la retrouver là.

Quand je me suis mit débout, pour descendre du bus, j’ai quand même du le faire en m’inclinant vers l’avant, comme un petit vieux. J’avais au moins trouvé une certaine harmonie entre mon sexe et mon cerveau. Après quelques pas, la partie d’en bas s’est calmé, mais mon cerveau continuait à éjaculer des bulles d’adrénaline. Je me suis dirigé vers le bar où j’imaginais trouver la demoiselle. Dans l’horizon, le soleil se couchait paisiblement derrière les toits des maisons. Le crépuscule : l’heure où les fauves sortent pour aller chasser.

À l’intérieur du bar, il y en avait des bêtes en chaleur ! Grâce à la générosité des formes de la jeune fille, je n’ai pas eu de mal à la retrouver entre toute cette masse d’animales. Elle était toute seule au comptoir, avec un verre de vin blanc devant elle. Je suis allé près d’elle et j’ai demandé une bière. C’est bien connu que les mecs boivent de la bière, et les nanas du vin. Nous, nous sommes regardé, et elle m’a souri. Je n’éjaculais plus, je dégoulinais de l’adrénaline. Mon corps tout entier dansait la rumba. Je voulais lui parler, lui dire quelque chose d’intelligent, mais ma mandibule tremblait.

«- Tu étais assise près de moi, dans le bus ? » Ce fut les mots les plus philosophiques que j’ai réussi à formuler.

« - Ah ! Excuses-moi, mais je ne me rappelle pas. » Me dit-elle avec un grand sourire. Merde ! Que pouvais-je dire d’autre ? J’avais utilisé toute ma force mentale pour contrôler mes trembleurs. Heureusement ce fut elle qui enchaîna en me demandant d’où je venais et où j’allais (dans le bus). Nous discutâmes quelques heures, puis elle dû partir à un dîner. Mais avant de s’en aller, elle me donna son numéro de téléphone ! Je me sentais champion du monde, un vrai Don Juan, un latino digne du nom. Mais au moment de payer, je me suis rendu compte que j’avais dépensé toute mon argent la veille. J’ai essayé de me faire tout petit et de m’éclipser, mais le barman s’en aperçu (normal, à ce moment là, j’étais immense, un macho intergalactique).

« - Écoute fieu, je ne suis pas d’humeur ! Alors si tu ne me payes pas tout de suite, je te défonce ta sale tronche de métèque. » M’informa gentiment le jeune homme. Le problème, c’est que je n’avais vraiment plus d’argent. J’ai essayais de lui inventer une excuse, je lui ai montré mon portefeuille, mais il n’était vraiment pas ouvert au dialogue. Pendant que je lui parlais, il s’absenta quelques secondes dans ses pensées, puis me dit :

« -Écoute tich, ma gonzesse est à l’hosto, elle ne va pas bien. Je n’ai pas pu me libérer du boulot, et je sens que je vais devenir fou, si je ne peux pas aller la voire tout de suite. Il reste que quelques heures avant la fermeture. Si tu prends ma place, j’oublie tes verres, et on plus je te paye trente euros. »

J’ai accepté. En plus d’irrésistible avec les femmes, j’étais un mec cool. J’avais déjà travaillé quelques fois comme barman, normalement il ne devrait pas avoir trop de problème. Mais il y avait beaucoup de monde, et plus passaient les heures, et plus les singes devenaient soûls et insupportables. Heureusement, on était deux, mais l’autre collègue n’était pas convaincu par mes qualités de barman. Après deux heures, j’en avais déjà marre, et quand j’ai vu que la blonde qui n’avait pas arrêté de me regarder toute la nuit, partait avec ses copines, mon cerveau est revenu à l’attaque. J’ai pris quinze euros des trente que m’avait donnés le barman, et je les ai donnés à un ivrogne qui m’avait cassé les oreilles toutes la soirée avec ses histoires. Je lui ai dit :

« -Écoute mec, j’ai ma grand mère qui agonise à l’hôpital, je te donne quinze euros et tu t’occupe du bar jusqu’à la fermeture. Merci mon pote, tu me sauves la vie. »

Je ne lui ai pas laissé le temps de me répondre, je suis parti en vitesse. Quand je suis sorti, je me suis rappelé de mon exploit avec Patricia (c’est comme ça que s’appelle la fille du bus), et je me suis sentis à nouveau immense. Les filles étaient devant la porte du bar. Je me suis rapproché du groupe, et pendant que je leur disais bonjour, j’ai pris la blonde par la taille. Le geste ne voulu pas être vulgaire, mais il le fut, et la demoiselle commença à m’insulter en criant. Si elles étaient devant la porte, c’est parce qu’elles attendaient leurs amoureux. J’ai donc pas tardé à sentir le poing du petit ami de la blonde contre mon visage, suivi de coups de pieds de ses copains et copines.

 

Quelques heures plus tard.

Je ne sais pas comment j’ai fait pour arriver jusqu’au seuil de mon appartement. Indubitablement je n’ai pas réussi à ouvrir la porte. Quand je me suis réveillé, c’étais, cette fois-ci, mon nez qui éjaculait des bulles (dans une flaque de sang). Je me suis levé, et j’ai ouvert la porte. J’ai pris une douche. Heureusement ils ne m’avaient pas trop frappé sur mon visage, j’avais juste mon nez un peu cassé. Mais j’avais mal aux côtes et aux jambes. Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi autant de violence ? Je n’avais pas été si grossier, tout de même !

Je me rappel quand j’étais enfant, je demandais à mon père pourquoi les protagonistes de certains films agissaient de façon si absurde, et commettaient des actes aussi inévitablement fatals. Et mon père me répondait que s’ils ne les faisaient pas, il n’y avait pas de film. Mais il faut reconnaître que certains écrivent leurs scénarios mieux que d’autres.

Malgré ma douleur, j’avais encore envie de sexe. Mais il était trop tard pour aller dans un bar, et je n’avais plus assez d’argent pour aller aux putes. J’ai donc appelé un de ces numéros érotiques, et j’ai parlé avec des femmes qui, pendant qu’elles regardaient la télé, ou qu’elles tricotaient, me faisaient croire que j’avais un gros zizi, et que j’étais le meilleur au lit. Certaines me donnaient même des rendez-vous pour plus tard. Je suis resté au téléphone jusqu’au petit matin. Ce genre de pratique peut très vite devenir une drogue. Finalement, au bout de quelques heures, je me suis endormi, entouré de kleenex humides.

 

Le troisième jour.

Quand je me suis réveillé, j’ai volontairement laissé ma libido pétrifié sur mon lit. Le désordre de ma chambre avait été consciemment étudié et exécuté. En réalité, toute ma vie avait été une mise en scène. Ni Dieu, ni mon cerveau, ni Clint Eastwood n’avaient scénarisé mon film. C’est moi qui l’écrivait, et je savais très bien quel rôle je voulais jouer, et où je voulais aller. Je n’ai donc plus perdu de temps et j’ai téléphoné Patricia (la fille du bus).

Elle sembla surprise, que je lui téléphone si vite. Mais je suis sûre que la veille, elle avait vu mon excitation gonfler les vaines de mon visage. Elle aussi interprétait son rôle, peut-être qu’avec moins de conviction, si l’on compare avec tous les déploiements qu'accomplissait mon désir. Tout les deux ont savaient très bien, quel dénouement, en tout cas moi, j’espérais. Mais elle, l’attendait tranquillement, elle semblait même s’amuser de mon obstination sexuelle. Moi, je ne voyais que ses hanches bouger sensuellement dans ma tête.

Quand nous nous sommes rencontré, mon désir diminua légèrement. J’ai commencé à la percevoir comme une personne, et plus comme des courbes et des ondulations lascives. On avait des amis en communs, ce qui empirait la situation. Je me sentais bien avec elle, mais je ne l’écoutais plus, si on continuait comme ça, j’allais devenir son meilleur pote. Je lui ai donc proposé de venir boire un thé à la maison. Le latin lover qui sommeil en moi, était près à négocier, à utiliser tout son charme pour la convaincre. Mais non, elle accepta, tout simplement. Le reste de l’histoire fut encore plus banale. On a marché en silence jusqu’à chez moi. Elle, amusé par mon attitude d’autiste. Moi, calculant quand se serait le meilleur moment pour l’embrasser. Quand on est arrivé chez moi, je n’ai rien trouvé de mieux que l’inviter dormir, et quand on a été au lit, je me suis mit tout nu. Elle semblait immunisée par les comportements pathétiques des hommes. Elle a juste rigolé, on m’assurant que c’était la situation qui lui faisait rire et pas la taille de mon sexe. Moi j’avais beaucoup bu (c’était l’excuse) et je n’arrivais pas à réveiller mon petit ami. Sincèrement, j’avais rarement ce type de problème, situation qui aggrava mon obstination. J’ai décidé de lui lécher son sexe, et comme possédé, j’ai introduis mon index dans son vagin, puis plusieurs doigts. Je l’ai fait violemment, en lui faisant mal. Je me suis imaginé que ça lui plaisait, et ça m’a excité. J’ai réussi à mettre le préservatif, et la pénétrer. Je l’ai fait brutalement, mais j’étais rassuré de constater que j’étais toujours un macho intergalactique. Après avoir fait l’amour, ou plutôt, après que j’ai joui, elle s’est blotti contre moi, et elle m’a parlé d’elle. Pendant qu’elle me parlait, et qu’elle me caressait, je sentais mon âme se déshydrater. Le premier craquellement se produisit, quand le bruit d’une clé ouvrant une serrure retenti dans mon cœur comme une bombe atomique. C’était Linda, ma copine, qui revenait de voyage plus tôt que prévu. Quand les deux filles se sont regardées dans les yeux, l’atmosphère s’humidifia à nouveau. Patricia commença à pleurer, en demandant pardon à Linda. Je ne lui avais pas dit que j’avais une copine, cela aurait pu l’éloigner de mon objectif. Elle s’est habillé, en m’engueulant, en disant que les mecs étaient désespérément tous pareils. Elle n’était plus sortie avec un homme depuis deux ans. Ma maladresse et mon apparente tendresse l’avait séduite.

 

L’histoire de Patricia.

Quand elle était une enfant, son père était parti pour ne plus revenir. Plus tard, quand elle était une jeune femme, elle su qu’il habitait à quelques rues de sa maison, mais elle ne voulu, ou n’osa pas aller le voir. Il n’avait plus jamais donné des signes de vie.

À la même période que son père disparu, son grand frère commença à avoir des jeux sexuels avec elle. Lesquels, avec le temps, se transformèrent en abus sexuels. Elle aimait beaucoup son frère, mais ces rencontres nocturnes, la terrorisait. Plus ils devenaient adultes, et plus la relation devenait violente. Ses futures relations avec les hommes se basèrent sur ses expériences. Grâce au sexe, elle arrivait à calmer la violence de son frère, et elle arrivait même à obtenir certaines choses. Pour elle s’était ça l’amour. Elle ne croyait pas que ça puisse être différemment. Simplement elle ne croyait pas en l’amour. Elle commença à fréquenter le monde underground, à se droguer, et à baiser avec des délinquants plus âgés qu’elle. Mais un jour, elle rencontra un homme, dans un supermarché. Quelqu’un qui venait d’un tout autre monde, et d’une douceur déstabilisante. Elle n’était pas habituée à tant de tendresse, en général elle connaissait que des excès de drogue et de sexe. Petit à petit, elle commença à croire que ce qu’elle ressentait, c’était ce qu’on appelle amour. Jusqu’au jour ou elle reçu un coup de fil provenant du téléphone portable de son amoureux, mais de l’autre côté de la ligne, c’était une femme qui lui parlait. La voix en sanglant, elle lui suppliait de ne plus voir son mari. Elle était au courant de tout, et la seule chose qu’elle voulait c’est de préserver son couple. Patricia savait déjà qu’il ne faut pas faire confiance à une bite qui vient avec des mots doux. Elle s’en voulait d’avoir été faible, mais ce qui l’avait blessé le plus, c’est de se rendre compte qu’à cause d’un mec, elle pouvait faire du mal à une autre femme. Après cela, elle a passé deux ans sans avoir de relation avec un homme, mais le manque de tendresse et la solitude l’on mené jusqu’à mes griffes. Le reste de l’histoire vous la connaissait déjà.

 

Et ma copine ?

Linda, la fille la plus belle, la plus tendre, la plus gentille, et intelligente de l’univers, ne méritait pas qu’en la traite comme je l’ai fait. Vraiment pas.

Pendant que Patricia lui parlait, Linda me regardait, puis regardait Patricia, avec un regard perdu, presque vide, comme si son âme s’était enfuie au plus profond d’elle. Quand Patricia s’en alla, Linda prit ses valises et alla s’asseoir sur le fauteuil du salon. Je me suis rapproché d’elle, et j’ai essayé de la prendre dans mes bras, mais elle commença à pleurer, on me suppliant de ne pas la toucher. Elle pleura, et pleura, et pleura. Elle n’arrivait pas à s’arrêter. Moi, j’étais là, debout en face d’elle, sans réagir, avec les yeux secs, et ma poitrine qui explosait à chaque spasme de ma copine.

Quand finalement elle arrêta de pleurer, le niveau d’humidité arrivait jusqu’au plafond. Après un long silence, elle s’est mit debout, et elle est reparti avec ses valises, en me demandant de ne pas la suivre. Moi, je suis resté debout au milieu du salon, sans pouvoir pleurer, ni comprendre ce qui était en train de m’arriver.

Je sais pas combien de temps s’est écoulé, et je ne sais pas n’en plus comment je me suis retrouvé à errer dans la ville. C’était tard dans la nuit, et il faisait froid. J’ai marché et marché. La fatigue m’a fait oublier pourquoi j’avançais. Quand les premiers rayons du soleil caressèrent mon front, je me suis arrêté, et avec l’argent qu’il me restait, j’ai pris un lit dans une auberge, et je me suis endormi.

 

Le dernier jour

Vers une heure de l’après-midi, mon téléphone portable me réveilla. Je pensais que je rêvais encore, que je me réveillais dans un rêve. La voix d’une femme sévère m’informa que le montant de ma facture téléphonique, s’élevait déjà à trois cents trente euros, et qu’on était qu’au début du mois. Cette information me ramena à la rude réalité. Je ne gagne que quatre cents soixante euros par mois. Je remerciai la téléphoniste, et la première chose que je fis, fut d’appeler un de ces numéros rose pour demander un rendez-vous. La fille ne pouvait pas ce jour là. Elle me donnait une tonne d’excuse, ce qui faisait durer la conversation, et par conséquent le compteur continuait à tourner. Je lui ai tellement cassé les oreilles qu’elle a accepté qu’on se voit dans un bar. Elle m’a dit qu’elle porterait une mini-jupe noire avec des bas-résilles et un pull rouge. Elle m’avait déjà dit qu’elle était blonde.

J’ai voulu prendre le petit déjeuner dans l’auberge mais il était trop tard. J’ai donc attendu l’heure du rendez-vous en marchant dans les rues. Quand je suis arrivé au bar, j’ai regardé tout les femmes, mais il n’y avait que deux vielles sans pull rouge. Je l’ai attendu quarante cinq minutes. Je savais très bien qu’elle n’allait pas venir, mais j’ai continué à l’attendre. Quand on est perdu, on besoin de croire, on s’invente toute sorte de mises en scènes, de rituels qui nous éloignent de nos problèmes. Croire en des choses réelles, est une activité trop chargée de conséquences. C’est pour ça qu’on croit en Dieu.

Après une heure et demie, je me suis levé et je suis parti. Avec le café, j’avais dépensé les derniers centimes qui me restaient pour le mois.

J’ai de nouveau marché et marché et marché. Comme il est coutume dans cette ville il drachait.

J’avais voulu connaître le côté obscure de mon désir, alors il fallait que j’aille jusqu’au bout de l’impulse. Mais la question était de savoir, s’il avait un fond ce cul de l’univers que j’avais pénétré.

J’ai décidé d’aller au « Cuir et latex », le bar fétichiste de la ville. Heureusement, j’ai pu entrer sans payer. Je n’osais pas regarder franchement autour de moi. Je me suis dirigé directement à une table libre, sans regardé les autres clients.

Je me suis assis sur une longue banquette en cuir, de dos à la fenêtre tamisée. Il y avait un couple qui présentait une espèce de show, près du comptoir, peut-être, improvisé sur le moment. L’homme avait la cinquantaine, et il était obèse. Il était attaché à des cordes et des ceintures en cuir, qui transformaient son corps en un énorme boudin. Sa compagne, tout aussi obèse, le châtiait tendrement avec un fouet. Les coups n’étaient pas forts, ils ne faisaient presque pas de bruits. Mais les deux gros étaient en extase, et le boudin n’arrêtait pas de crier et de demander pardon. S’il existe un Dieu, il avait raison de lui demander pardon. Rabaisser à tel point, la beauté de l’homme était un péché. Je n’avais jamais imaginé, que ça pourrait être ainsi un bar fétichiste. Je crois que j’étais le seul qui avait moins de quarante ans et qui pesait moins de nonante kilos. Non, je mens. Il y avait un vieux très mince, presque rachitique qui s’est dirigé vers moi. Il avait un pantalon en cuir, qui normalement se porte serré, mais lui flottait à l’intérieur. Il était torse nu, mais avait des ceintures autour de la poitrine. On se rendait compte qu’il était chauve, mais de toute façon, il s’était rasé le crane. Il m’a regardé, et il a fait l’enfant gêné. Puis tout d’un coup il m’a tiré la langue, et il a commencé à faire des mouvements convulsifs avec son petit organe rose. Puis, il a plongé sous la table, et m’a descendu la braguette de mon pantalon, pour en extraire mon petit sexe. Je l’ai laissé faire. Peut-être que tout mes problèmes venait du fait que j’étais pédé, et je ne voulais pas me l’avouer. Le chauve commença à me la sucer, mais mon petit membre demeura timide. Si je suis homosexuel, c’est quelque part, très loin dans les fonds de mes Abymes, parce que cette situation me déplaisait. Comme mon sexe demeurait mou, mon initiateur me le suça jusqu’à la moelle (je sais qu’il n’y a pas d’os dans la bite, c’est juste une expression), et cela commença à me faire mal. Mais j’étais résigné, je voulais de l’humidité, et bien j’allais en avoir. La situation commença à se prolonger dans le temps. Comme je m’ennuyais un peu, j’ai regardé autour de moi. J’ai remarqué qu’à la table d’à coté, assis sur la même banquette que moi, mon voisin de l’appartement d’en bas, m’observait. Il avait un sourire complice et coquin, mais avec une infinie tristesse et résignation dans les yeux. Je me suis vu moi-même dans vingt ans, et je crois que c’est à ce moment que j’ai touché le fond. Où, en tout cas, s’en été assez pour moi. J’ai essayé de repousser le vieux, mais plus je le frappais, et plus ça semblait l’exciter. J’avais peur de vraiment lui faire mal, et qu’il me morde mon petit ami. Je ne savais pas quoi faire. C’était même plus pathétique, c’était surréaliste, totalement absurde. Je me suis demandé à moi même : « Quel est le sens à ta vie ? Quel est le sens à tout ça ? » Et j’ai commencé à rire, à rire aux grands éclats. Que je tape sur le vieux, aucun problème, mais que je me moque de ses années d’expérience comme suceur de bites, ça non! Il ne le tolérait pas. Il a finalement laissé mon petit ami tranquille, il s’est mit debout, et a commencé à m’insulter : « Que ceci est un bar respectable, avec des personnes qui viennent pratiquer leur arts dans le respect des autres ! » Et plein d’autres affirmations qui me semblaient surnaturels. J’ai profité de ce moment, pour ranger tout dans mon pantalon et m’échapper.

Pour moi, s’en était assez, je ne sais pas pour combien de temps, mais c’était l’heure de rentrer à la maison. Je me sentais pathétique, une espèce de télétubies avec des protubérances lubriques, qui essayait de suivre les pas de Bukowski ou les Fante (père et fils). Le seul excès que j’arrivais à avoir, c’était un excès de stupidité. On est des bêtes, les hommes. On ne se rend pas compte que pour assouvir notre appétit sexuel, que pour calmer nos frustrations lubriques, on doit passer par des êtres sensibles, avec des émotions.

Quand je suis arrivé à la maison, il y avait du sel sur le fauteuil du salon, et sur le parquet. J’ai enlevé mes habits, et j’ai pris une douche. J’ai lavé plusieurs fois mon sexe.

Ce jour là, tout me semblait tellement compliqué. Je savais que pour avancer, il fallait que je me perde de temps en temps, mais là, j’avais été grotesquement trop loin. La vie me collait à la peau comme de la buée visqueuse. Pourquoi vouloir remplir le vide avec des tonnes de spermes ? Pourquoi pas, avec des planètes entières remplies de tendresse?

J’étais fatigué. Je me suis couché sur mon lit, en me recroquevillant sur l’empreinte que Linda avait laissé sur le matelas, après tant d’années de complicité. J’ai pensé au sel sur le fauteuil du living, j’ai étendu mon bras, et j’ai éteint la… 

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