The beautiful mistery of life

Deuxième jour, le matin

Disséqués, trempés dans du formol, des insectes murmurent entre eux. Qu’est-ce qu’ils peuvent bien se raconter ? Et comment peuvent-ils laisser planer leurs pensées après leurs morts. Et pourquoi ces pensées reviennent-elles près des carcasses, de ces exosquelettes ? Âme, il y en a une seule, mais des pensées… Il y a les pensées avant la métamorphose, et celles d’après, et elles se font la guerre, c’est ça les murmures dans les couloirs du musée. Elles sont tellement occupées à se haire, qu’elles ne se rendent plus compte, que le corps qu’elles ambitionnent, ne sert plus à rien. Il est vide. Mais les âmes, où sont-elles ? Qu’est-ce qu’elles peuvent bien foutre, avec leur putain d’immatériel, d’insensible, d’asexué de bonheur éternel.

Derrière une vitre, un chien pourri paisiblement. Le processus de décomposition dans toute sa splendeur.

Le murmure se transforme en un galop lointain. Le bruit s’intensifie, il devient inquiétant. Soudainement une horde de gamins fonce vers moi. Ils me bousculent, me renversent, me marchent dessus, et finissent par s’écraser, comme des mouches, contre la vitre derrière laquelle se trouve le clébard. Ils aiment bien ça, la crasse, la pourriture, les vers de terre qui sortent par les yeux. Après ça grandit, et ça construit des appartements, des bureaux, et des restaurants aseptisés. Ca célèbre des joyeux et gentils mariages, anniversaires, et réveillons. Ca déclame des beaux discours solennels, et ça pleur avec émotion aux enterrements. Mais où est-ce qu’ils dissimulent leurs goûts pour tout ce qui est sale, répugnant, infâme, trash ? Où cachent-ils toute leur merde ? En tout cas plus dans mon cul, il est trop dilaté pour retenir quoi que ce soit.

Je relève, et me défoule amicalement sur un des gamins, en lui frappant sur la tête. Le môme commence à pleurer, et je m’éclipse discrètement. Un instituteur m’intercepte et me prend par l’oreille, et m’emmène jusqu’aux gardiens. Ceux-ci me conduisent jusqu’à une porte, et m’enferment à l’extérieur du bâtiment. Les salauds m’ont foutu à la porte ! J’essaye de rentrer à nouveau, de regagner ma cellule, mais ils ne veulent plus de moi. J’erre dans les rues. Mes pas sont lents et lourds. Il est très tôt le matin. Le soleil se cache encore. Je marche, ma tête est vide, je suis juste conscient des changements de lumières sur les murs de la ville. Je lève ma tête, et remarque les premiers rayons de soleils. Les murmures recommencent. Plus le soleil se lève, et plus le bruit s’intensifie. J’ai presque l’impression qu’il y a toute une foule de personnes qui discutent. Mais les rues sont vides. Je sens un frisson dans le dos. Il descend vers mon cul. C’est un insecte, il se dirige tout droit vers mon trou de balle. J’arrive à l’intercepter à temps. Mais un autre insecte se dirige vers mon cul. Toute une armée d’insecte sort des bouches d’égout pour m’enculer.

Au début j’arrive à retenir quelques uns, puis par dizaines, ils s’introduisent dans mon anus. Je me fais violer par des insectes. Je n’ai pas mal, mais c’est extrêmement désagréable. J’essaye de fuir, de courir, mais je n’arrive pas, je suis trop vieux. J’arrive juste à écraser quelques bestioles.

Les murmures deviennent de plus en plus audibles. Et brusquement j’arrête de bouger ? Je me rends compte que c’était moi qui me parlais à moi même. Le murmure c’était ma voix. Quel con !

Les insectes ont disparus, et je me demande où je pourrai bien aller. Je suis très excité. Je me sens comme un petit jeune qui découvre une ville pour la première fois. Mais je commence à reconnaître les rues, à emprunter des chemins mil fois fréquentés. Tout me paraît tellement familier que j’ai l’impression que j’ai rêvé mon séjour en prison. Où peut-être suis-je encore dans ma cellule en train de rêver.

J’arrive devant un magasin, et dans la vitrine, je vois le reflet du gamin dans un miroir. Je suis effrayé, et comme réflexe, je regarde mes mains, elles sont vieilles, c’est bien les miennes. Je regarde à nouveau dans le miroir, mais il n’y plus personne. Je me réveille en sursautant.

 

Je suis sorti hier de prison. J’ai du acheter les vêtements de l’établissement, parce que les habits du gamin étaient minuscules. J’avais pu économiser un peu d’argent durant toutes ces années passé à lutter contre le sida.

Dehors, j’ai rien senti de spécialement différent, mais j ‘avoue que j’étais, et je le suis encore, un peu excité par cette nouvelle vie qui commence (comme dans mon rêve). Quand je suis sorti, l faisait gris, et il pleuvait un peu. En face de la prison, il y a un bar. Je suis rentré à l’intérieur, et je me suis assit au comptoir. Près de moi, il y avait des vieux bourrés qui rigolaient avec le patron. Assis à une table, deux jeunes amoureux se touchaient et s’embrassaient. De temps en temps, la fille insultait le patron (c’était sûrement le père ou quelqu’un de la famille). Ce dernier, l’envoyait gentiment se faire foutre. Elle lui répondait qu’elle aurait bien aimé, mais qu’il n’y avait pas de vraies hommes dans la salle, que c’était tous des petites bites. Je ne sais pas si elle incluait son petit ami dans son discours. Le patron lui disait qu’elle n’avait qu’aller en face, faire des petites faveurs aux détenus. Tout en gueulant ses propos, il jetait des regards complices à son entourage, moi inclus. Ce jeu dura un bon moment avant qu’il me demande qu’est-ce que je voulais boire. J’ai commandé une bière. En prison, on trouve toute sorte de drogue, mais pas d’alcool. Le gamin aimait boire, mais moi, je n’avais jamais bu. Rien que l’odeur m’a rendu malade. J’ai payé l’adition, et je suis parti en laissant, le verre remplie, et quelques commentaires idiots planant derrière moi. Tant mieux que je ne supporte pas l’alcool, un problème en moins.

En sortant du bar, j’ai eu comme une illumination : Je ne devais pas traîner dans des bars. Ce n’était pas pour moi. J’avais comme une mission à accomplir. Quand on vieillit, on devient mystique. On cherche un moyen de traverser la limite que nous impose la mort, pour continuer à faire la bamboula éternellement. Quoi qu’il en soit, j’étais excité, et je voulais vivre quelque chose d’incroyable. J’avais et j’ai encore, envi de croquer la vie avec les quelques dents qu’ils me restent.

Un bus s’est arrêté pas loin du bar, et je l’ai pris. Je voulais me perdre dans la ville, me plonger sans y réfléchir. La lumière est éblouissante ici dehors. A travers la vitre du bus, la ville m’éclatait aux yeux. J’avais mal, mais ma fascination l’emportait sur la douleur. Toute ces couleurs, ces femmes, ces enfants, ces arbres, ces chiens. C’était incroyable. Je me suis rendu compte que c’était la première fois que je voyais tout ça. J’avais vécu toute ma vie en prison. Mon excitation devint orgasmique. J’en voulais encore et encore, des choses à voire, même si j’avais presque les yeux en sang.

Le bus s’arrêta, on était arrivé au terminus. Je descendis et en face de moi, se trouvait le musée des sciences et d’histoire naturel (celui de mon rêve). Je suis rentrée gratuitement, les seniors ne payent pas. C’était un vieux bâtiment imposant, et à l’intérieur il y avait toute sorte de bêtes empaillées. Mais j’ai compris le sens de cette visite quand je suis arrivé à la salle des insectes : Je devais subir ma deuxième métamorphose.

J’ai passé toute ma journée à regarder des papillons épinglés, des fourmilières, des scorpions, et même une araignée chasseuse. Un gardien est venu avec un petit box en plastique, et en a sorti une petite sourie, qu’il a lâché dans l’aquarium de l’araignée. En même pas une fraction de seconde, l’araignée a bondi sur la sourie. J’imagine qu’elle a du la mordre, et lui injecter son venin, parce que l’attaque fut tellement fulgurante que je n’ai pas eu le temps de voire ce qui se passait. Je pu juste constater qu’après quelques secondes la sourie était raide morte. L’araignée prit son temps avant d’entailler délicatement le ventre de la sourie, pour en soustraire des minuscules morceaux de viandes. C’était fascinant.

Dans la même salle où je me trouvais, il y avait une naine qui faisait des croquis d’insectes. Elle était très sensuelle, malgré sa petite taille. Elle avait une mini-mini jupe, et quand elle s’asseyait, je pouvais voir ses cuisses. C’était la première fois que je voyais des jambes, ou des demi-jambes de femme si près de moi. Je ressentis un frisson dans le dos. Pendant que la jeune femme dessinait, elle bougeait ses cuisses subtilement. J’étais troublé, et les contorsions lascives des verres de terre contre les vitres de leur bocal, augmentaient mon excitation. Je sentais le désir m’envahir, et je voyais bien que la demoiselle s’intéressait aussi à moi. Sans aucune gène, elle commença à faire un portrait de moi, en me regardant avec un sourire coquin. Moi je la laissais faire, je faisais semblant de rien. De toute façon, si je me fais une nana, j’en veux une toute entière.

À la fin de la journée un gardien est venu nous chercher. Chacun est parti de son côté (de quel côté je me trouvais, j’en sais rien). J’ai pris une chambre dans un hôtel du coin. La nuit, j’ais fait le rêve, que je vous ai décrit au début de ce récit. Et me voilà maintenant. C’est mon deuxième jour de vacances, et aujourd’hui, j’ai envi d’aller aux putes.

 

 

 

Deuxième jour, au soir

C’était génial ! Vraiment incroyable. J’étais dans le quartier des putes, je regardais les jeunes filles, derrière leurs vitrines, en cherchant celle qui me provoquerait des frissons dans le dos, quand je vois sortir d’un de ces lieux exquis, le pitbull. Ce nain trou du cul, est devenu le patron d’un des bars à putes. Quand ce con est arrivé en prison, il n’arrêtait pas de se bagarrer avec tout le monde, parce qu’on se foutait de sa gueule. C’était normal, c’est un vrai nain, et les nains ça fait normalement rire. Mais lui, ce n’est pas un rigolo. Et à coup de coup de poing dans les couilles, il a réussi à se faire respecter. Et maintenant ce connard fait du business avec la mafia albanaise.

Quand il m’a reconnu, il m’a invité à boire dans son bar. On a bien rigolé. On a parlé du bon vieux temps, et de ses affaires. Puis il m’a propose sa plus belle fille, elle était magnifique.

 

Troisième jour, le matin

Autour du détour, il n’y a que des mauvais retours. Vaut mieux continuer à s’enfoncer franchement dans la merde, jusqu’à ne plus sentir la peur, juste se laisser digérer par la vie. À un moment, ou à un autre, on va finir par voir la lueur. En attendant, c’est le trou de balle de madame la vie, qui nous invite à aller vers l’inconnu. Et là c’est la lumière ! Sauf si on nous chie au beau milieu de la nuit. Dans ces cas c’est la merde. La merde pour une merde, c’est comme la goutte qui fait déborder le vase : Il y a de l’eau sur la nappe, mais c’est pareil au même, de toute façon, tout le monde s’en fout. Personne ne remarque quand c’est la merde pour une merde.

Je me vide, je me vide, je me vide, et pourtant je continue à peser des tonnes. C’est agréable de pouvoir flotter, tout en pesant des tonnes. C’est étrange comme sensation, très étrange.

 

 

 

Quatrième jour, au soir

Il y en a des choses qui se sont passé en deux jours, bordels ! La soirée où j’ai rencontré le pitbull, il m’a fait boire. Et comme je lui ai dit que je n’avais pas l’habitude, il m’a offert une bouteille de whisky, pour que le matin je prenne un verre, pour contrer la gueule de bois. Depuis je n’arrête pas. Je sais que j’ai dis que je n’allais pas boire, ni fréquenter des bars. Mais si j’ai rencontré le pitbull, ce n’est pas pour rien. Je suis les enchaînements logiques (pour Lui) que me propose la vie. Le seul problème, c’est que l’alcool trouble ma perception sensorielle, et j’ai du mal à me rendre compte si je vis réellement tout ce qui m’arrive.

Hier matin, je ne marchais plus, je me traînais comme une bave qui bouscule tout à son passage. Après d’écrire les incohérences que vous avez lues, je me suis dirigé vers « le rêve d’antan », le bar du pitbull. Il était sensé me proposer un boulot, mais quand je suis arrivé, il n’était plus là. Les jeunes filles m’ont proposé leurs services, mais elles étaient totalement droguées. La jeune fille que j’avais baisée le premier soir, était belle, mais elle était complètement défoncée, et elle a fait n’importe quoi. J’ai préféré faire un petit tour dans le quartier, en attendant le retour du pitbull.

Il y a vraiment pour tous les goûts. Des vielles, des grosses, des jeunes, des africaines, des maghrébines et des filles de l’est comme on dit. Il manquait peut-être des vitrines avec des hommes, et pourquoi pas avec des cochons ou des moutons. La faune qui se ballade dans les rues, et, elle aussi, très variée : Des jeunes marocains sur excités ; des vieux ; des hommes d’affaires ; des paumés qui ont honte de ce qui vont, ou ont fait; des jeunes friqués, qui attendent des putes qu’elles baissent leurs regards, quand ils braquent leurs yeux dévoreurs de mondes sur elles.

Pendant que je me promenais entre tous ces bêtes en chaleur, j’ai détaché quelques secondes, ma libido de ces belles demoiselles. Quelque chose m’appelait silencieusement. C’était un billet de vingt euros. Mon instinct s’aiguise de jour en jour. Je me transforme en une bête du macadam.

Tout en me penchant pour ramasser le billet, j’entendis des coups métalliques contre une vitre. C’était une des putes qui cognait sa bague contre la vitrine pour m’attirer vers elle. Elle me faisait des signes, et bougeait sensuellement pour m’appâter. Ces mouvements m’hypnotisaient. Elle devait avoir la quarantaine, elle était blonde, et elle savait ce qu’elle voulait. Je lui fis bonjour de la main. Elle me répondit, puis simula une fellation et une copulation, et me montra tout les doigts d’une de ses mains. Moi je lui criai : « -Quoi ? Seulement cinq euros ! » Elle rigola. Je continuai à lui faire des signes : Je simulais les battements de mon cœur, ou je faisais semblant de manger, ou de descendre des escaliers. Elle n’arrêtait pas de rigoler. Quand je simulai de faire du ski, elle me répondit oui de la tête, et elle transforma mes mouvements en un simulacre de baise. Je fini par entrer, et là, je l’ai prise dans tout les sens. Puis je suis revenu au « rêve d’antan ». Le pitbull n’était pas encore arrivé, en tout cas c’est ce qu’on me racontait. J’ai décidé de retourner au musée. Là, il y avait toujours les mêmes insectes qui tournaient en ronds. Je pourrais écrire : « …en ronds jusqu’à la folie », mais les insectes ne connaissent pas ces dérèglements de l’esprit. Je me suis vite fait chier, et je me suis cassé. Métamorphose de mes couilles, ouais ! Le soir je suis retourné au « rêve d’antan », et j’ai finalement trouvé ce nain trou du cul. Il m’invita à boire, me présenta un albanais, et évita par tout les moyens d’aborder le sujet du boulot. Après mon troisième verre de whisky, j’en ai eu marre. J’ai pris cette moitié de merde par le coup, et je lui ai exigé de me dire clairement, qu’est-ce qu’il en était de la promesse qu’il m’avait fait. Ce con me donna mil excuses bidon, avant de m’offrir un coup de pied dans les couilles, ce qui me fit lâcher prise. Quand cet enculé de nain retomba par terre, il prit une chaise et me la fracassa sur le dos. L’action se déroula sous le regard impassible de l’albanais, et avec les cris des putes, comme bruit de fond. Ce nain de merde demanda à l’albanais de me sortir, et je me suis retrouvé le figure contre le pavé.

En prison ça faisait longtemps que je ne devais plus me battre pour me faire respecter, et d’ailleurs, je n’avais plus l’âge pour ce genre de connerie.

Quel con ce nain, il a failli avoir ma peau. Comme je ne me relevais plus, il a du appeler une ambulance, et j’ai passé la nuit à l’hosto. Quand je me suis réveillé le lendemain, j’avais mal partout. J’ai passé toute la matinée, et l’après-midi, couché sur un lit. Mais j’ai vite eu marre des questions qu’ils me posaient. Je suis parti. Ce ne fut pas une tâche facile : Maintenant je boite, et je n’arrive plus à plier mon dos.

Je suis retourné au « rêve d’antan », et le pitbull m’a accueilli avec un grand sourire (grand pour un nain). Il m’a prit dans ses bras (quand un nain vous prend dans les bras, vous avez l’impression qu’il veut vous faire une pipe), et il a dit à toute l’assemblée présente, que j’avais toujours été un vrai bulldozer, et que même le temps n’avait pas réussi à m’avoir, je restais un dure à cuire. On a bu, on a rigolé. Il a voulu me présenter une nouvelle petite, fraîchement arrivé de Roumanie, mais je n’étais pas en condition de m’envoyer en l’aire. Les heures passèrent, l’atmosphère devint légère, comme la fumée qui se dégageait des cigarettes. Sans me rendre compte, j’ai du glisser dans le monde parallèle des nains. J’étais affalé contre le comptoir, en train de boire mon whisky, quand j’entends une petite voix de femme. Je me retourne, et je vois la naine du musée. J’ai du rire pendant dix minutes. J’ai appelé le pitbull pour lui avertir que sa sœur était arrivée. Le pitbull n’avait pas l’aire de trop rigoler. Les jeunes filles et les quelques clients sentaient un malaise chez le nain, et comme personne n’était solidaire avec mon rire, je me suis calmé. La naine est restée impassible, elle buvait sa bière, et m’observait. Après un long silence, je lui demandai, si se n’était pas elle, que j’avais vu, il y a trois jours au musée des sciences naturelles. Elle me répondit que oui. Je lui demandai qu’est-ce qu’elle faisait dans un bar à pute. Elle me dit qu’elle me suivait. Je lui demandai si ce n’était pas une de ces assistantes sociales. Elle me répondit par l’affirmatif, mais elle ajouta qu’elle ne me suivait pas à cause de son boulot. Je lui intéressais. L’idée de me faire une naine est passé par mon esprit. Je n’ai plus posé de questions, je suis resté en silence. Après un long moment cérébral et humide, je me suis approché d’elle, et j’ai commencé à la tripoter. Elle se laissait faire, toute en observant mes yeux, comme si elle voulait en faire un croquis. Son regard me troubla, et je continuai en fixant son petit corps. Après un long temps dense, elle me dit : « - Je suis la fille de Sophie. » Je lui répondis que je ne connaissais pas de Sophie. Elle me demanda si j’étais bien Jo Garcia. Je lui répondis que oui, mais je lui expliquai que je ne connaissais pas beaucoup de femmes, et encore moins de Sophie. Elle me dit qu’elle était naît neuf mois après que je sois entrée en prison, qu’elle avait donc trente et un ans, et que ça faisait quelques années qu’elle prenait de mes nouvelles. Elle a été au courant du jour de ma libération, et elle m’a suivi depuis ce jour là. Je lui ai répondu qu’elle ne s’était trompée de personne. Je lui ai dit que je connaissais peut-être celui dont elle parlait, mais que j’étais désolé de lui informer que le gamin était mort. Qu’elle ne se trompait de personne avec moi. Quand je lui parlais, elle me regardait comme si elle voulait me dévorer l’âme. Elle me répondit qu’elle était sûre que c’était moi, que j’étais son père. Je lui répondis que c’était impossible, que j’avais vécu toute ma vie en prison, et que là je m’étais soit, fait enculer, soit j’avais enculé que des mecs. Et que ça faisait que quatre jours que j’étais sorti, pas assez pour avoir engendré une jeune fille. Elle sortit un papier, où elle écrit une adresse. Elle me donna rendez-vous dans une place. Elle me dit qu’elle serait là le lendemain dans l’après-midi. Puis elle partit.

Je demandai au pitbull, s’il la connaissait, mais il ne me répondit pas. Il monta dans son bureau. La barmaid me dit que le patron n’aimait pas voir d’autres nains, qu’il n’aimait pas qu’on l’associe à ces gens là. J’ai pris un dernier whisky et je suis parti.

 

Cinquième jour, le matin

Quand je relis, ce que j’ai écris hier soir, j’ai l’impression de lire l’histoire de quelqu’un d’autre. C’est quoi ce délire ?

 

Cinquième jour, le soir

Je suis arrivé au « rêve d’antan », et le pitbull ne me salua pas, il me regarda de travers. J’ai bu mon whisky, et je suis parti, de toute façon, ce lieu puait. J’ai erré dans la ville, je laissais mes pas me guider, à travers tous ces inconnus. Je suis arrivé à un petit square, et comme j’avais mal à la jambe, je me suis assis à un banc. Après une heure, est apparue la naine, et s’est assis à côté de moi. J’étais arrivé sans le vouloir au rendez-vous qu’elle m’avait donné.

« - Je savais que tu allais venir. » Me dit-elle.

« - Et bien, moi je ne savais même pas que j’étais venu, figure toi. » Je lui ai répondu amusé.

Un, deux, trois,… six anges passèrent, puis elle s’excusa pour la veille, elle estimait qu’elle avait été trop directe. Je lui répondis qu’il n’y avait pas à s’excuser, puisqu’elle se trompait de personne.

« - N’en parlant plus, alors ! » Me dit-elle, on m’interrompant.

(Je vais continuer comme dans un dialogue de film.)

Moi : Alors quel intérêt de rester assise avec moi, si je ne suis pas la personne que tu cherches ?

 

La naine : Aucun, mais je n’ai pas autre chose à faire aujourd’hui. Et toi ?

Moi :

La naine : La vie en prison devait être dure, j’imagine.

Moi : Je ne sais pas si dure, en tout cas différente à celle en ville. Là-bas, tout est beaucoup plus simple et claire. Personne ne fait confiance à personne, donc ça ne sert à rien de perdre son temps à jouer les hypocrites, personne ne va te prendre au sérieux, et tu risques de te faire buter. Mais ça n’empêche pas les alliances, les unes les plus tarées que les autres. L’astuce c’est de réussir son coup avant que l’alliance se casse la gueule. J’ai vu des nationalistes ultra racistes, faire des pactes avec des marocains pour éliminer un des leurs.

Ici tout est beaucoup plus policé. Extrêmement gentil. Les personnes sont très aimables, mais je vois bien les loups qui sommeils en eux. Et quand la bête sauvage se manifeste, c’est parfois de façon très pathétique. En prison on lâche la bête, en ville on l’enferme. Je ne sais pas ce qui est le mieux, mais ça me dérange toute cette hypocrisie.

La naine : Toute cette hypocrisie, permet peut-être, d’éviter que les gens s’entretuent.

Moi : En prison, on élimine quelqu’un, seulement quand c’est vraiment nécessaire. Ca cause trop de problème sinon. Il y a que les jeunes excités qui font des conneries. Ils se laissent emporter par leur humeur du jour. Mais très vite ils comprennent qu’ils devront un peu plus réfléchir avant de passer à l’acte.

La naine : Tu es déjà passé à l’acte ?

Moi : Deux fois. Mais j’étais jeune et con à l’époque. N’empêche que depuis, je me suis fait respecter.

La naine : Ici, on n’a pas besoin de tuer quelqu’un pour ce faire respecter. D’ailleurs on ne respecte pas les assassins. C’est pour cela qu’on les met en prison.

Moi : Alors qu’est-ce que tu fais avec moi ?

La naine : Je ne te respecte pas encore, parce que je ne te connais pas assez. Mais je ne te juge pas non plus par ton passé. Moi je juge les personnes, pour ce qu’elles sont aujourd’hui.            À mon boulot, par exemple, j’essaye de construire à partir du présent, un meilleur avenir. Pour que les personnes qui viennent me voire…

Moi : C’est l’État qui t’envoie, c’est ça ?

La naine : Non.

Moi : Si jamais j’ai besoin d’assistance, je t’appellerais, mais là j’ai des choses à faire.

Et je suis parti. Elle me cria qu’elle m’attendrait le lendemain, au même endroit.

 

Huitième jour, l’après midi.

J’ai soixante et un ans, j’ai tué deux types, et j’ai passé toute ma vie en prison. Qu’est-ce que je vais foutre dans cette ville de malades. Je ne sais rien faire, et de toute façon je suis trop vieux pour commencer un métier. Pourquoi m’on-t-ils lâchés, je suis sensé être un type dangereux. Ces connards se trompent, en me laissant en liberté. Ils se rendent pas comptent combien ils se trompent, bordel de merde.

 

Dixième jour, le soir.

Vous savez ce qui s’est passé mon premier soir au « rêve d’antan », quand je suis arrivé dans la chambre de la pute que m’avait gentiment prêté le pitbull ? Je n’ai pas su comment m’y prendre. J’étais terrorisé comme les gamins qui débarquent pour la première fois en taule. La fille remarqua que j’étais mal à l’aise, et elle commença à rire. Je lui ai foutu une claque, et elle arrêta tout de suite. Je lui ai demandé de me sucer. Elle fit de son mieux, mais je n’arrivais pas à bander. Cela m’énerva. Je l’ai pris par les cheveux tout en la secouant. Je lui criai que c’était une sale toxico, qu’elle ne savait pas faire son boulot, et je suis rentré.

Le lendemain, quand je suis allé chez Monique (la pute avec qui j’avais fait le guignol derrière la vitre), je ne l’ai pas prise dans tout les sens, comme j’avais écris. Quand je suis rentré dans son local, on a continué à rigoler un peu, puis, tout de suite, elle a vu ma gêne, et elle s’est moquée. Elle trouvait ça mignon. J’ai à nouveau eu envie de cogner, et je ne sais pas si elle a senti le danger ou quoi, mais avant que je lève mon bras, elle m’a calmement invité à m’asseoir sur le lit. On s’est d’abord regardé dans les yeux sans rien faire, puis elle a posé sa main sur la mienne, et on resté comme ça, en silence, pendant une demi heure, et ensuite je suis partis. Depuis je suis retourné trois fois, et c’est toujours le même rituel silencieux. J’ai envie de baiser, mais je ne sais pas comment m’y prendre, je suis pétrifié.

 

Treizième jour, le soir.

La pente est tellement douce, c’est à peine, si je sens que je m’enfonce dans… …que je m’enfonce hors de mes tripes. Je ne sais pas vraiment où je vais, mais au moins je sais que je descends. C’est doux et agréable de se laisser aller ainsi, d’une façon si subtile. Il y a un danger, mais pour l’instant, il est loin, il n’est qu’une brise suave, qui fait frémir ma vieille peau. Je coule, je coule, je coule, et c’est tellement beau, de se voir mourir si lentement, avec tant de rage, une rage plein de vie.

 

Quinzième jour, le soir.

Aujourd’hui, je suis retourné à la place voire la naine, et elle était là. Ca faisait dix jours, que j’étais partis pour ne plus revenir. Et elle m’attendait encore. Têtue comme sa mère.

La naine : Je savais que tu allais revenir.

Moi : Tu ne saurais pas par hasard, le résultat du prochain loto ?

La naine :

On resta assis en silence. Puis je suis parti. Il faut croire que je suis devenu un spécialiste dans le domaine.

 

Seizième jour, le soir

Toujours au même banc.

Moi : Tu ne me suis plus ?

La naine : J’ai ma dignité, je suis une femme, il faut bien que je me fasse désirer.

Moi : Les femmes aiment se faire désirer ?

La naine : Tu devrais bien le savoir, maman disait que tu étais un vraie Don Juan.

Moi : Je ne connais pas ta maman ! Combien de fois je dois te le répéter pour que tu le comprennes ?

 

Dix-septième jour, le soir

Le banc.

La naine : Demain, est-ce qu’on pourrait se voir à un endroit plus chaud ? Il commence à faire vraiment froid.

Moi : Oui, où ça ?

La naine : Je connais un restaurant sympa près d’ici.

Moi : D’accord. (Silence) Dit, au fait, tu t’appelles comment ?

La naine : Dune.

Moi : J’aime bien les dunes.

Dune : Je sais.

 

Dix-huitième jour

 

 

Dix-neuvième jour, le soir

Hier, à midi, je suis arrivé au restaurant en question. Dune m’attendait au comptoir, elle buvait une bière, et elle avait, pour la première fois l’air stressée.

Dune : Salut !

Jo : Salut ! C’est sympathique ici.

Dune : Dit, il faut qu’on parle sincèrement, sans s’énerver. Tu penses que se sera possible ?

Jo : Tu veux parler du gamin ?

Dune : C’est qui ce gamin ?

Jo : Bon d’accord, le gamin c’était moi. Mais je ne suis plus du tout celui que j’étais avant. Je ne lui ressemble pas physiquement, et je ne pense, ni sens comme lui. J’ai encore quelques souvenirs à lui, mais c’est la seule chose qui reste de lui.

Et oui, je me rappelle de Sophie. Mais, je suis désolé, tu es son problème à lui. Je ne veux pas porter le poids des conneries qu’il a pu commettre, j’ai déjà assez de mal, à traîner ma propre vie.

Dune : C’est bien ton propre sperme qui a fécondé ma mère. Arrête de faire chier avec tes délires mystiques, tu es pire que Maman. Tu es mon père que tu le veuilles ou non.

Jo : Mais qu’est-ce que ça veut dire ? Je suis ton père et quoi ? Après tout ce temps quelle importance ? Qu’est-ce que ça peut te faire ? Qu’est-ce que ça peut t’apporter de plus dans ta vie ? Un père, qu’est-ce que ça veut dire ce mot ? Qu’est-ce que ça peut bien représenter pour toi ? C’est quoi un père pour toi ? C’est quoi ? C’est quoi ? C’est quoi ?

Et elle commença à pleurer. C’est petit une naine, mais c’est bourré de larmes. Je ne savais pas comment l’arrêter.

Jo : Qu’est-ce que tu attends de moi ?

 

Dune : Rien.

Jo : Alors pourquoi tout ce cinéma ?

Dune : Je veux juste être avec toi, t’aider.

Jo : Je n’ai pas besoin d’aide.

Dune : Alors juste être avec toi.

Jo : Pourquoi faire ?

Dune : Parce que j’aime bien.

Jo : (Après un petit silence masculin) Moi aussi, j’aime bien.

Elle me sourit de toute sa petite bouche.

Dune : J’ai quelques personnes à te présenter. J’espère que tu ne vas pas te fâcher.

Jo : Tant que ce n’est pas le directeur de la prison.

Elle sortit, et revenu après quelques minutes, accompagnée d’un vieil homme et une vieille femme. L’image de mes parents me traversa l’esprit comme une foudre, et je tombai dans les pommes. À mon réveille, j’étais toujours dans le restaurant avec Dune. Assis près d’elle, le vielle homme et la vieille femme. C’était mon frère et ma sœur. Je ne savais pas du tout, comment leur parler, ni quoi leur dire. Je m’adonnai donc à mon activité du moment, resté en silence.

Mon frère commença à faire des blagues pour détendre l’atmosphère. Puis il commença à parler de mes neveux. Ils étaient devenus des hommes avec femmes et gosses. Puis sans me rendre compte j’ai commencé à parler, comme si ça faisait quelques jours qu’on s’était quitté. Mais ce n’était pas moi qui parlait, c’était le gamin. Cet enculé n’était pas mort, il était revenu. Je n’ai pas opposé de résistance, je l’ai laissé faire. Mais très vite j’ai commencé à me faire chier, ou c’est lui qui commença à se faire chier. Les mêmes commentaires de toujours, puis vinrent les reproches. Et je sentais que le sujet que je préférais éviter, allait venir à un moment ou à un autre : Mes parents. Pourquoi j’avais refusé de continuer à les voir. Que cette attitude a du les tuer. Mais si j’avais continué à les voir, moi aussi j’en aurais crevé. J’ai préféré sauver ma peau.

« - Arrête ! » Me dit Dune, en interrompant mes pensées. « - Arrête de réfléchir tout le temps, profite de ce moment. »

Là, j’ai explosé : « - Mais avec quoi tu me viens ? Qu’est-ce que tu en sais, de ce qu’il y a dans ma tête ? Pour toi, c’est facile, il n’y a encore rien, tu n’es qu’une gamine. Et c’est quoi tout ce cirque mélodramatique ? Ces retrouvailles à la con ? On n’a rien à se dire. Pourquoi faire semblant ? Je ne suis pas responsable des actes du gamin. J’ai ma propre merde à moi, celle là, je l’assume, ne me faite pas porter la merde des autres ! » Et je suis parti.

Je voyais que du rouge. J’avais la haine. Je suis arrivé chez Monique, et je lui ai demandé de me sucer. Elle n’a pas voulu. Je l’ai prise par les cheveux, et je l’ai obligé. Elle est restée à genou, en refusant d’ouvrir la bouche. Je l’ai frappé au visage, puis j’ai cogné mon poing et ma tête contre les murs. Quand je n’ai plus eu de force pour bouger, elle est venue vers moi, elle m’a pris dans ses bras, et j’ai enfin pleuré. J’ai pleuré, et pleuré, et pleuré. Quand je me suis arrêté, c’était le lendemain matin, le soleil se levait. J’ai dit au revoir à Monique, et je suis parti en nageant. J’avais inondé la ville.

 

Vingtième jour

Vingt-et-unième jour

Vingt-deuxième jour

Vingt-troisième jour

Vingt-quatrième jour

Vingt-cinquième jour

Vingt-sixième jour

 

Vingt-septième jour

Vingt-huitième jour

Vingt-neuvième jour

Trentième jour

Trente et unième jour

Trente-deuxième jour

Trente-troisième jour

Dans deux jours c’est Noël. Dune m’a invité souper chez elle. Il y aura mon frère, et ma sœur, avec leurs respectifs mari et femme. Il y aura aussi mes neveux, avec leurs familles. Je vais peut-être inviter Monique. Je ne sais pas si ça lui fera plaisir.

Trente-quatrième jour

Trente-cinquième jour

Trente-sixième jour

Trente-septième jour

Trente-huitième jour

Trente-neuvième jour…

 

 

 

À ma famille,

 

Et aux femmes, pour leurs beautés, et leurs forces.

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